Ce qui est systématiquement mis en avant, diffusé, valorisé, n’est qu’une part infime du réel. Le lisse et le convenu. Le factice, le calibré, le conforme : la représentation plutôt que la présence. Ce qui nous demandera le moins d’efforts possible et nous laissera invariablement sur notre faim. Ou bien le clinquant, le sensationnel. Une part minuscule du monde continuellement exposée, au point de passer pour la seule qui soit digne d’intérêt et désirable. J’ai photographié ce morceau d’affiche à deux pas d’une boutique tenue par une femme très âgée. Le contraste m’avait frappé entre les deux visages.
Devant l’affiche, je me détournais rapidement des traits vides pour m’intéresser à ces formes indistinctes juste à côté. Le reflet flou de la rue. Et surtout les petites lignes biscornues au centre, sans doute causées par l’humidité. Les premières rides du papier glacé.
