Gestes mille fois répétés, gestes eux-mêmes arrondis, lissés, polis par les années d’expérience, comme le sont les galets par le va-et-vient des vagues.
Il fabrique un ustensile du quotidien, essentiel puisqu’il sert à se nourrir : des baguettes. Sur les marches à sa droite, on peut en voir regroupées, peut-être déjà prêtes à servir. Il travaille devant la boutique, ainsi chacun peut constater le savoir-faire patiemment acquis. Ainsi l’objet ordinaire se pare d’une valeur supplémentaire : il est le résultat d’un labeur minutieux, du temps a été consacré à son façonnement.
La beauté des objets artisanaux, ustensiles modestes et robustes, a été superbement mise en lumière par Yanagi Sôetsu dans son essai Beauté du Mingei.
« Impossible de vivre une journée sans eux. Les ustensiles sont nos compagnons journaliers, des compagnons fidèles qui nous assistent. La journée passe parce que nous pouvons compter sur eux. Leur beauté, c’est leur sincérité. L’humilité qui se montre en eux.«
L’auteur nous incite à changer de regard, à aiguiser notre sensibilité. Pas de sensationnel, pas de spectaculaire. Simplement la matière, le geste, la vie.
Et si, pour Yanagi, l’artisan doit demeurer anonyme (le Mingei est l’art du peuple, ce qui implique un effacement de l’auteur), je lui rendrai tout de même hommage à travers ces images.


Sôetsu Yanagi, Beauté du Mingei, Picquier 2023, Trad. Patrick Honnoré
